Unvaniezh Demokratel Breizh En pleine crise du lait, le projet d’installation d’une maternité porcine industrielle à Trébrivan est exemplaire d’un type de production enchaîné à l’aval et à l’amont par le système dit intégré. Les principales victimes de cette crise sont les éleveurs qui ont fait le choix productiviste nécessitant des investissements très lourds : ne maîtrisant pas l’augmentation des coûts de production, la décision du prix de vente leur échappe aussi. Ils seront malheureusement pour eux, les premiers à payer de leur faillite personnelle, la faillite d’un système.
Cette crise donne à voir des scènes qui seraient burlesques si elles ne s’écrivaient pas sur un fond de tragédie humaine parce que économique, écologique et sociale.
Ainsi, Gilbert Kermonès vice-président d’ Even, une grande coopérative laitière du Finistère promet « un retour de balancier sur les prix du lait » alors que celui-ci est payé 20 centimes le litre au éleveurs auxquels il revient 28 centimes le litre à produire.
La riposte de Laurent Kerhir, président de la FRSEA Bretagne ne manque pas de piment dans le contexte du projet de Trébrivan : « Le retour de balancier, on nous l’annonce depuis un an sur le porc, et il n’a toujours pas eu lieu ».
Ainsi donc, le commissaire-enquêteur désigné pour mener l’enquête publique à Trébrivan a rendu ses conclusions : « favorables à l’implantation de la maternité porcine » ; je précise : industrielle.
Ces conclusions appellent quelques commentaires : pour favorables qu’elles soient, elles sont assorties de conditions telles qu’elles rendent le projet économiquement irréaliste au vu du contexte actuel de dérégulation et d’affolement du marché : des prix toujours plus bas pour les producteurs, des prix toujours plus élevés sur les linéaires de la grande distribution, des marges bénéficiaires et des dividendes toujours à la hausse pour les intermédiaires et les actionnaires.
Saluons le commissaire-enquêteur qui a pris en compte le programme de reconquête de la qualité des masses d’eau nécessaire pour répondre à la Directive cadre sur l’eau en émettant des réserves rédhibitoires sur le plan d’épandage du lisier produit par un tel équipement.
De plus, cet avis favorable ne l’est qu’à la condition «formelle de la création d’une unité de compostage du lisier et autres déchets compatibles, en rapport avec l’importance de l’atelier ».
L’ UDB ne peut que se réjouir de cette clause qui reconnaît de fait le caractère industriel du projet, refuse de neutraliser les 400 hectares nécessités pour l’épandage du lisier produit, épandage qui interdirait pour longtemps l’accès au foncier agricole aux nombreux jeunes qui souhaitent s’installer dans le modèle de l’agriculture paysanne défendue par le CEDAPA, l’ ARAP, la Confédération paysanne, Terres de lien, etc…. Agriculture paysanne qui permettrait de repeupler des territoires aujourd’hui désertifiés ou en voie de l’être, et qui mettrait en place le premier jalon des circuits courts : la production de produits alimentaires biologiques ou de qualité alors que la France importe plus de la moitié des produits bios qu’elle consomme et que la loi Grenelle prévoit 20% de la SAU, Surface agricole utile, en productions bios d’ici 2012. Il est urgent d’aider à l’installation et à la transmission de fermes familiales et d’en finir avec le phénomène de concentration foncière et de production.
L’unité de compostage exigée répond aux attentes exprimées par l’ UDB depuis longtemps , à savoir l’internalisation des coûts de traitements des pollutions générées par ce type de production agricole. Coûts aujourd’hui supportés par les collectivités et les citoyens :
Pour rappel, alors que l’agriculture productiviste est responsable de 65% des pollutions diffuses, elle ne paye que 5% de la redevance pour le traitement de l’eau ; les collectivités et particuliers payant eux 80% de cette même redevance…
L’UDB rappelle que le coût de la construction et le fonctionnement devront être entièrement internalisés. En effet, pour éviter la distorsion de concurrence, la décision de la Direction Générale de l’agriculture, en 1997 sous la présidence de Guy Legras, disait que : « le traitement doit participer à la résorption de l’existant et non de l’agrandissement ». Toute aide privée provenant des coopératives ou société financières, toute aide publique provenant d’une collectivité serait alors considérée comme une entorse à ce principe de distorsion de concurrence.
L’unité de compostage de ce lisier très liquide par nature nécessiterait de tels apports en déchets autres et compatibles qu’il s’agirait un équipement industriel de plus dont le coût neutralise la viabilité économique de ce projet.
L’UDB appelle cependant à la vigilance : les pouvoirs publics ne peuvent pas à la fois déclarer s’engager dans la reconquête de la qualité des masses d’eaux pour 2015 et autoriser un tel projet, ce type d’équipement et ce modèle agricole productiviste étant à la racine des problèmes environnementaux et de la pollution des eaux en Bretagne.
Qu’en penseraient éventuellement le Tribunal administratif et Bruxelles ?
Mona Bras
Responsable Fédéral : Bernard LE MAO
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